L’étude de faisabilité publiée en 2022 par Hamed et ses collègues pose une question à la fois simple et très pertinente sur le plan clinique : le neurofeedback pourrait-il aider les adultes présentant une sur-réactivité sensorielle, ou sensory over-responsiveness (SOR) ? La SOR correspond à une réactivité accrue, souvent prolongée, face à des stimulations sensorielles ordinaires. Des sons, des textures, la lumière, le mouvement ou le toucher, que d’autres tolèrent sans difficulté, peuvent devenir envahissants, aversifs, voire douloureux. Pour plusieurs personnes, il ne s’agit donc pas simplement d’une préférence sensorielle. La participation aux activités, les routines, les relations et la qualité de vie peuvent en être affectées.
La question est d’autant plus importante que la SOR chez l’adulte demeure relativement peu prise en charge dans la littérature clinique. Elle a été associée à une anxiété plus élevée, à une sensibilité accrue à la douleur et à une diminution du bien-être, alors que les recherches interventionnelles chez l’adulte restent limitées. Les auteurs s’appuient sur des travaux antérieurs en ÉEG au repos suggérant une diminution de l’activité corticale dans la SOR, particulièrement dans la bande alpha, et avancent donc l’idée qu’une approche de neuromodulation pourrait être utile.
De façon générale, le biofeedback désigne un entrainement dans lequel une personne reçoit en temps réel des informations sur des signaux physiologiques, comme la fréquence cardiaque, la respiration, l’activité musculaire ou la conductance cutanée, afin d’apprendre à les réguler. Le neurofeedback est une forme de biofeedback centrée sur l’activité cérébrale, le plus souvent mesurée à l’aide de l’ÉEG.
Dans cette étude, les auteurs ont choisi une augmentation de l’alpha comme cible principale, en s’appuyant sur une littérature plus large reliant une activité alpha réduite à la douleur, au stress et à l’hyperéveil. L’hypothèse est cohérente : si les adultes avec SOR présentent au repos un profil compatible avec une diminution des rythmes inhibiteurs, alors un entrainement visant à renforcer l’alpha pourrait, en théorie, réduire la charge sensorielle, atténuer la sensibilité à la douleur et améliorer le fonctionnement quotidien. Cela dit, une étude de faisabilité reste une première étape. Elle ne démontre pas l’efficacité du traitement.
Méthodes
Il s’agissait d’une étude expérimentale de faisabilité à bras unique, comportant quatre temps d’évaluation : ligne de base (T1), pré-intervention (T2), post-intervention (T3) et suivi à un mois (T4). La présence de T1 et T2 avant le début du traitement mérite d’être soulignée, car elle offre une courte fenêtre sans traitement permettant d’observer si certaines mesures variaient déjà spontanément avant l’intervention. Cela ne remplace évidemment pas un groupe contrôle simulé ou actif, mais cela renforce un peu l’interprétation interne.
L’échantillon final était très petit : dix femmes adultes en bonne santé présentant une SOR ont complété l’étude. Les participantes avaient entre 21 et 50 ans, étaient sélectionnées à l’aide de l’échelle aversive du Sensory Responsiveness Questionnaire, et étaient exclues en présence de diagnostics neurologiques, psychiatriques ou neurodéveloppementaux, de douleur aiguë ou chronique, de médication susceptible d’influencer les résultats, ou d’autres facteurs de confusion. Le choix d’inclure uniquement des femmes était délibéré, sur la base de différences rapportées dans l’activité cérébrale et la neuroplasticité, mais cela limite aussi la généralisation.
Le critère de jugement principal était un enregistrement d’ÉEG de repos de 5 minutes, yeux fermés, obtenu avec une coiffe de 64 électrodes. Les auteurs ont analysé la puissance spectrale dans les bandes de fréquence classiques : delta, theta, alpha, beta et gamma. Le prétraitement de l’ÉEG incluait une nouvelle référence moyenne, le filtrage, une inspection visuelle des segments bruyants et une réduction des artéfacts grâce à une analyse en composantes indépendantes.
L’intervention elle-même était relativement brève, mais intéressante sur le plan technique. Les participantes ont reçu 10 séances de neurofeedback, à raison de deux séances par semaine, d’environ 45 minutes chacune. Chaque séance commençait par 1 minute d’enregistrement de repos servant à établir une ligne de base alpha spécifique à la séance. Le logiciel fixait ensuite automatiquement une cible située environ 5 % au-dessus de cette ligne de base. Pendant la phase d’entrainement de 19 minutes, les participantes entendaient au casque un bruit de ruisseau dont le volume augmentait lorsque la puissance alpha montait. Elles gardaient les yeux fermés, recevaient la consigne de se détendre profondément sans s’endormir, et de tenter d’augmenter le volume du son. Aucune stratégie cognitive explicite n’était enseignée. Sous cet angle, le protocole s’approchait d’un modèle d’apprentissage plutôt implicite, même si l’objectif comportemental restait clair.
Les critères secondaires étaient bien choisis pour cette population : satisfaction de vie, atteinte d’objectifs personnalisés, sensibilité à la douleur et anxiété état-trait. Ensemble, ils permettaient de documenter non seulement la physiologie, mais aussi l’éventuelle pertinence fonctionnelle des changements observés.
Résultats
Le résultat central est un peu paradoxal, et c’est précisément ce qui rend l’article intéressant. Le protocole visait une augmentation de l’alpha, et la majorité des participantes semblaient capables d’augmenter leur activité alpha pendant les séances selon le système de cotation automatique. Pourtant, la puissance alpha au repos, qui constituait la cible neurophysiologique principale, n’a pas changé de façon significative entre les quatre temps de mesure.
Comme le protocole était conçu pour augmenter l’alpha, l’absence de changement alpha sur le critère principal impose une lecture prudente des bénéfices cliniques. Ce n’est pas un détail secondaire. C’est la principale limite mécanistique de l’étude.
En revanche, les auteurs ont observé des changements dans d’autres bandes de fréquence. Entre le prétraitement et le suivi à un mois, l’ÉEG frontal montrait une augmentation des puissances delta, theta, beta et gamma, avec l’effet de taille le plus important dans la bande theta frontale. Les comparaisons post hoc étaient surtout convaincantes pour delta et theta au suivi, ce qui suggère que l’apprentissage éventuel s’est peut-être consolidé avec le temps plutôt qu’immédiatement après le traitement. L’absence de changement entre T1 et T2 appuie aussi l’idée qu’il ne s’agissait pas simplement d’une instabilité de départ.
Sur le plan comportemental, le tableau était plus encourageant. La satisfaction de vie s’améliorait de manière cliniquement intéressante entre le prétraitement et le suivi, avec un effet de très grande taille. L’atteinte des objectifs personnalisés progressait elle aussi, avec un effet de très grande taille, et une amélioration statistiquement significative dès le post-traitement. La sensibilité à la douleur évoluait dans une direction favorable, avec une amélioration significative du score total entre le pré- et le post-traitement, puis des effets de taille modérés à élevés au suivi. L’anxiété-trait, mais non l’anxiété-état, montrait également un effet de taille notable au suivi.
Un dernier élément mérite l’attention : la variation de la puissance delta frontale corrélait avec la variation de l’atteinte des objectifs, et la fréquence alpha de pointe corrélait avec la sensibilité à la douleur. Ces corrélations sont exploratoires et ne doivent pas être surinterprétées avec un échantillon de dix participantes, mais c’est exactement le type de signal qu’on espère voir émerger dans une étude de faisabilité. Elles suggèrent qu’il pourrait exister un lien entrainable entre modifications neurales et fonctionnement clinique, même si l’hypothèse initiale portant sur la puissance alpha n’a pas été confirmée.
Discussion
Cette étude ne démontre pas que le neurofeedback est un traitement efficace de la sur-réactivité sensorielle. En revanche, elle suggère que l’étude du neurofeedback dans la SOR est raisonnable, tolérable et suffisamment prometteuse pour justifier des travaux plus robustes.
Le message scientifique le plus important n’est pas que l’entrainement alpha a « fonctionné ». C’est plutôt que le protocole a peut-être mobilisé des processus neurophysiologiques et comportementaux plus complexes que ne le prévoyait le modèle initial. Autrement dit, l’intervention a pu produire quelque chose d’utile, mais pas exactement par la voie physiologique attendue.
Cliniciens et chercheurs devraient garder cette distinction en vue. En neurofeedback, il arrive souvent que l’on parte d’une hypothèse élégante autour d’un rythme cible, puis que l’on découvre que le signal thérapeutique pertinent se situe ailleurs : dans une autre bande de fréquence, dans une dynamique de réseau, dans des changements qui n’apparaissent qu’au suivi, ou dans l’interaction entre plusieurs oscillations plutôt que dans la puissance moyenne d’une seule bande. Cet article s’inscrit bien dans cette logique. L’alpha structurait la justification du protocole, mais delta et theta frontaux ont peut-être mieux capté les changements les plus pertinents sur le plan clinique.
Pour les clients et les professionnels référents, la partie la plus parlante de l’étude concerne les symptômes. Les participantes rapportaient une meilleure satisfaction de vie, une moindre sensibilité à la douleur, une diminution de l’anxiété-trait et une progression vers leurs objectifs individualisés. Ce ne sont pas des résultats anodins, surtout dans une condition souvent vécue comme diffuse, épuisante et mal comprise. En même temps, le devis laisse ouvertes plusieurs explications alternatives : effets d’attente, effet des mesures répétées, engagement thérapeutique non spécifique, régression vers la moyenne, ou encore bénéfice lié au simple fait d’être suivie de façon régulière.
Pour les professionnels du neurofeedback, le protocole soulève plusieurs questions pratiques. D’abord, la puissance alpha est-elle vraiment la meilleure cible primaire dans la SOR adulte, ou la SOR serait-elle mieux comprise comme un problème plus global de régulation de l’éveil impliquant les systèmes frontaux de contrôle et des dynamiques multi-bandes ? Ensuite, la puissance alpha moyenne au repos est-elle assez sensible pour capter un changement cliniquement utile dans cette population ? Les auteurs eux-mêmes ouvrent cette porte en suggérant que la dynamique de l’alpha pourrait être plus informative que sa simple moyenne. Enfin, que se passerait-il avec un plus grand nombre de séances, avec davantage d’accompagnement stratégique explicite, ou avec un entrainement dépendant de l’état intégrant une charge sensorielle contrôlée plutôt qu’un repos yeux fermés uniquement ?
Il existe aussi un point translatoire plus large. La SOR n’est pas simplement une « sensibilité sensorielle » au sens vague. Elle semble imbriquée dans les processus de douleur, de régulation de l’éveil et de détresse émotionnelle. Cela en fait une cible particulièrement intéressante pour les approches basées sur l’ÉEG, mais cela implique aussi qu’un protocole fixe centré sur une seule bande risque d’être trop simpliste. Si le phénotype sous-jacent reflète une dysrégulation de la saillance, de l’évaluation de menace et du filtrage sensoriel, alors des protocoles individualisés seront probablement plus pertinents qu’un modèle uniforme d’augmentation de l’alpha.
Les limites restent importantes et doivent demeurer au premier plan. L’échantillon est minuscule et limité aux femmes. Il n’y a ni groupe contrôle simulé, ni comparaison active, ni contrôle rigoureux des attentes. La cible primaire est négative. Les mesures comportementales reposent largement sur l’autoévaluation. Plusieurs comparaisons sont explorées dans un très petit ensemble de données. Enfin, comme les participantes étaient des adultes par ailleurs en bonne santé, il serait imprudent d’extrapoler directement ces résultats à des populations plus complexes où la SOR coexiste avec un TDAH, l’autisme, la douleur chronique, le trauma ou des troubles anxieux.
Malgré cela, une étude de faisabilité répond à une question modeste mais essentielle : cette piste de recherche mérite-t-elle d’être approfondie correctement ? Ici, la réponse semble être oui. L’intervention était réalisable, la rétention parmi les participantes ayant commencé restait acceptable, les mesures choisies étaient cliniquement pertinentes, et le profil de résultats, bien que mitigé, est suffisamment intéressant pour justifier un essai randomisé mieux dimensionné.
La perspective de Brendan
Cet article se situe dans une zone clinique que je trouve particulièrement stimulante : les cas où la personne n’est pas seulement anxieuse, inattentive ou douloureuse, mais durablement débordée par la vie sensorielle ordinaire. Sur papier, ces clients paraissent souvent « complexes ». En clinique, le tableau est parfois plus cohérent qu’il n’y parait. Leur système nerveux semble trop disponible aux stimulations entrantes, trop vite recruté dans la vigilance, et trop lent à redescendre une fois activé. Cela ne veut pas dire que chaque cas de sur-réactivité sensorielle devrait être traité par neurofeedback ÉEG. En revanche, cette population mérite une attention plus précise qu’elle n’en reçoit habituellement.
Des cibles alpha vers des protocoles individualisés
L’un des aspects les plus utiles de cette étude est justement qu’elle ne confirme pas proprement sa cible initiale. Le protocole visait une augmentation de l’alpha, mais le principal critère alpha au repos n’a pas bougé. Je ne vois pas cela comme un échec complet, mais plutôt comme un rappel : le système nerveux lit rarement notre manuel de protocole.
En pratique, les clients présentant une défensivité sensorielle sont souvent mal servis par des hypothèses rigides et uniformes sur la fréquence qu’il « faudrait » entrainer. Une personne avec surcharge sensorielle peut présenter un éveil de base élevé, un sommeil fragile, une vigilance somatique, une amplification de la douleur et des caractéristiques anxieuses, mais la voie ÉEG menant à ces symptômes ne sera pas identique d’un individu à l’autre. Certaines bénéficieront peut-être d’un travail classique orienté vers l’alpha pour favoriser le calme. D’autres répondront mieux à une approche plus stabilisatrice orientée vers le SMR, surtout si le tableau inclut une faible inhibition, de l’agitation, un sommeil léger ou une difficulté à maintenir un état posé mais alerte. D’autres encore auront besoin d’un travail plus frontal, en particulier lorsque la surcharge se transforme rapidement en réactivité émotionnelle ou en perte de contrôle exécutif.
C’est ici, à mon sens, que la conception individualisée des protocoles devient essentielle. J’hésiterais à traiter la sur-réactivité sensorielle comme un simple « problème de faible alpha ». J’aurais envie de savoir ce qui se passe yeux ouverts et yeux fermés, comment la personne change sous une légère demande, si l’apaisement postérieur est insuffisant, s’il existe un surcontrôle frontal ou au contraire une inefficacité frontale, et comment les symptômes s’organisent dans la vraie vie. Cette étude nous autorise à garder l’alpha dans la conversation, sans prétendre qu’il raconte toute l’histoire.
Ce que la SOR peut apprendre aux cliniciens en neurofeedback sur l’éveil
La sur-réactivité sensorielle rappelle aussi que l’éveil n’est pas simplement « trop d’énergie ». C’est un phénomène structuré. Il possède une signature sensorielle, une signature douloureuse, une signature attentionnelle, et souvent une signature relationnelle.
Beaucoup de clients sensoriels ne commencent pas le traitement en disant : « Je suis dysrégulé ». Ils disent plutôt : les étiquettes de vêtements me rendent folle, les restaurants m’épuisent, les néons me fatiguent, je n’arrive plus à penser quand plusieurs sons se chevauchent, je deviens irritable après une longue journée, ou encore j’ai l’impression que la douleur me frappe plus fort que les autres. Ces plaintes ne flottent pas au hasard. Bien souvent, elles reflètent un système avec un filtrage sensoriel inefficace et un coût de traitement très élevé pour des stimulations ordinaires.
Pour les cliniciens en neurofeedback, cela signifie que le travail sur l’éveil ne devrait pas se limiter à rendre la personne relaxée dans le fauteuil. La vraie question est de savoir si le cerveau et le corps peuvent devenir moins réactifs, moins coûteux et moins défensifs dans les environnements sensoriels du quotidien. Dans certains cas, cela suppose de commencer plus doucement qu’on ne le ferait avec un client présentant simplement des difficultés attentionnelles ou de performance. Des essais plus courts, une demande cognitive plus faible, et une surveillance attentive de la fatigue, de l’irritabilité, des céphalées ou d’un rebond de sensibilité peuvent faire une vraie différence.
Cela signifie aussi que les approches corporelles de soutien ne sont pas accessoires. Je serais très enclin à associer le travail ÉEG à des stratégies complémentaires de régulation : respiration rythmée, structure de séance prévisible, dosage de l’exposition sensorielle, ajustements environnementaux et exercices de transfert aidant la personne à détecter les premiers signes de surcharge avant d’atteindre le point de non-retour. Parfois, la meilleure décision en neurofeedback n’est pas de choisir un protocole plus sophistiqué. C’est de reconnaitre que la personne a d’abord besoin d’un niveau suffisant de sécurité physiologique pour pouvoir apprendre.
Relier SOR, sensibilité à la douleur et anxiété dans la pratique ÉEG
Ce que j’apprécie particulièrement dans cet article, c’est qu’il ne sépare pas les symptômes sensoriels de la douleur et de l’anxiété. Cliniquement, ce chevauchement est fréquent. Le client hypersensible au toucher, au bruit et à l’encombrement visuel peut aussi rapporter des migraines, des caractéristiques proches de la fibromyalgie, une forte sensibilité menstruelle, de l’insomnie, une réactivité digestive ou des tensions chroniques. Un autre paraitra plus « psychologique » à la référence, étiqueté anxieux ou hautement sensible, alors que la charge sensorielle constitue peut-être l’un des principaux moteurs de cette anxiété.
Cela a des implications directes pour la pratique en ÉEG, car les objectifs du protocole devraient suivre le profil fonctionnel, et non seulement l’étiquette diagnostique. Si la journée de la personne s’effondre sous l’effet d’une accumulation de charge sensorielle, alors l’entrainement devrait soutenir une meilleure gestion des seuils, une meilleure récupération et un meilleur contrôle inhibiteur. Si la sensibilité à la douleur est marquée, je réfléchirais à des protocoles capables de favoriser un traitement sensoriel plus calme sans écraser l’état d’alerte. Si l’anxiété est secondaire à un système constamment surrecruté, alors « traiter l’anxiété » seule risque de manquer le problème plus fondamental.
En termes pratiques d’ÉEG, c’est là que je commence à penser en couches plutôt qu’en symptômes isolés. Un soutien de l’alpha postérieur peut rester utile dans certains tableaux. Un travail SMR peut aider la stabilité sensorielle et une meilleure restauration liée au sommeil. Un travail frontal peut être pertinent lorsque la surcharge se transforme rapidement en irritabilité, en panique ou en effondrement cognitif. Bien sûr, le montage exact dépend de la personne, mais l’idée générale reste la même : la sur-réactivité sensorielle devrait nous pousser vers un neurofeedback fondé sur la formulation clinique, pas sur des recettes toutes faites.
Même avec toutes ses limites méthodologiques, cette étude transmet un message cliniquement encourageant : la surcharge sensorielle pourrait être entrainable. Pas toujours de façon simple, et probablement pas par un mécanisme unique et universel, mais suffisamment pour mériter une curiosité clinique sérieuse. À mes yeux, c’est déjà une direction très valable pour le champ.
Conclusion
Cette étude de faisabilité publiée en 2022 offre un premier regard encourageant, mais nuancé, sur le neurofeedback appliqué à la sur-réactivité sensorielle chez l’adulte. Le versant encourageant est clair : les participantes ont toléré l’intervention, la plupart ont semblé capables de s’engager dans le processus d’entrainement, et plusieurs indicateurs comportementaux ont évolué dans une direction favorable au suivi, notamment la satisfaction de vie, l’atteinte des objectifs, la sensibilité à la douleur et l’anxiété-trait. Le versant plus complexe est tout aussi important : la cible mécanistique principale, à savoir la puissance alpha au repos, n’a pas changé significativement.
Cette combinaison rend l’article plus intéressant qu’un simple pilote « positif ». Il rappelle que les premières études en neurofeedback révèlent souvent un décalage entre la cible prévue et l’issue observée, et que ce décalage peut malgré tout nous apprendre quelque chose d’utile. Ici, les résultats laissent penser que la SOR adulte pourrait être modulable, mais probablement pas exactement par la voie physiologique initialement envisagée.
Pour l’instant, l’étude soutient la faisabilité, pas l’efficacité. Elle ne devrait pas être utilisée comme preuve autonome que le neurofeedback alpha traite la SOR. En revanche, elle fournit une justification crédible pour des essais contrôlés plus larges, avec des protocoles individualisés, des groupes contrôles plus solides et une modélisation neurophysiologique plus fine. Pour une population adulte qui dispose encore de peu d’options ciblées, c’est une étape réellement prometteuse.
Références
Hamed, R., Mizrachi, L., Granovsky, Y., Issachar, G., Yuval-Greenberg, S., & Bar-Shalita, T. (2022). Neurofeedback therapy for sensory over-responsiveness—A feasibility study. Sensors, 22(5), 1845. https://doi.org/10.3390/s22051845


